Histoire succinte des formats d’images animéesHistoire succinte des formats d'images animées

juin 2009 | Pierre Boureau

4 tiers, 16 neuvièmes, 14 neuvièmes, 1.85 Panoramique, 1.37 Academique, Standard, HD, letterbox, cinemascope, pillarbox, écrans larges, etc... Difficile de s’y retrouver dans cette jungle d’appellations et de formats...

Aux origines était bien sûr la photographie, et le Cinéma !
Enfin disons que la télévision n’existant pas à l’orée du XXème siècle, le cinéma a pu tracer son sillon et imposer un certains nombre de standards qui perdurent aujourd’hui, à une époque dominée par la lucarne télévisuelle...

Standard "Universel" 1,33:1

Entre 1880 et 1892, Thomas Edison et William Dickson élaborent une série de procédés techniques novateurs qui contribuent à l’invention du cinéma que nous connaissons. Les français préfèrent retenir que ce sont les frères Louis et Auguste Lumière, inspirés par le théâtre optique de Jules Reynaud, qui sont à l’origine de la construction du premier projecteur cinématographique. La première projection publique du Cinématographe a ainsi lieu à Paris en 1895.

Cette guerre de paternité n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui. Il est d’ailleurs étonnant de constater que, loin de brouiller les pistes, la bataille industrielle s’est alors conclue par le rapide établissement de pratiques industrielles et techniques communes de part et d’autre de l’Atlantique... La logique destructrice de brevets concurrents ne faisait pas encore rage. On en rêve aujourd’hui !

Ainsi donc le premier format d’image animée est couché sur une pellicule 35mm perforée. S’inspirant des photographes qui travaillent sur des plaques de verre de formats souvent proches de 4/3, on établit que chaque photogramme de film s’étendra sur la hauteur de 4 perforations, et sur toule la largeur disponible. Les dimensions qui en résultent sont ainsi : 24.89mm×18.67mm.

La première norme de ratio d’image animée est née ! 24,89:18,67=1,33315... Standard Universel

Standard "Académique" 1,375:1

- L’arrivée du son
La fin des années 20 marque l’arrivée d’une piste sonore sur la pellicule. L’image doit faire un peu de place à la bande son sur le support ! On décide de réduire également la hauteur du photogramme afin de ménager les proportions de l’image et faciliter le travail des monteurs, qui travaillent bien sûr aux ciseaux, en augmentant l’espace inter-photogramme...! De 1,33:1, le standard devient 1,375:1 Académique en 1932. Et ce format va dominer tout le milieu du XXème siècle. Il n’est d’ailleurs pas tout à fait mort, comme en témoigne le choix de Gus Van Sant pour son film Elephant en 2003. A peine plus large que son prédécesseur, le standard Académique lui est souvent assimilé...

Années 50 : l’appel du large

- La télé débarque
Pour se démarquer de la télévision et relancer l’intérêt spécifique du Cinématographe, il faut pour les Studios trouver des idées et rendre la projection plus spectaculaire, plus attractive.
Une image encore plus grande parait la meilleur piste. Mais la hauteur de plafond des salles existantes limite les possibilités d’agrandissement vertical. Il parait bien plus simple et intéressant en revanche d’agrandir l’image horizontalement, sur les côtés de la salle de projection, augmentant ainsi la sensation d’immersion du spectateur.

- Les formats Panoramiques
Trois nouveaux ratios d’aspect, dits "Panoramiques", naissent coup sur coup au début des années 1950. En rognant sur la hauteur du photogramme enregistré sur la pellicule tout en agrandissant davantage ce photogramme en projection, on peut facilement maintenir une hauteur d’image constante tout en augmentant sa largeur. La solution est économique, même si elle se traduit concrètement par une légère diminution de la qualité de l’image qui se trouve enregistrée sur une surface plus petite.

Les américains définissent ainsi le format 1,85:1, les italiens l’éphémère 1,75:1, et le reste de l’Europe le 1,66:1. Mis-à-part le format italien, les deux autres ont très bien survécus et sont très majoritairement utilisés aujourd’hui sur les projets filmés en (Super)16mm ou en 35mm.

- Les formats anamorphiques
La logique d’élargissement de l’image de cinéma ne devait pas s’arrêter là. Mais pour pallier aux limites du système de cache des formats panoramique (une perte toujours plus importante de surface sur la pellicule), on voit apparaitre dès 1952 des formats "extra-large" aux noms évocateurs : Super Panatar (Panavision), CinemaScope, VistaVision. Filmés sur des supports de 35mm ou 70mm, ces formats présentent des ratios d’aspect vraiment larges, compris entre 2,35:1 à 2,55:1, tous inspirés de l’Hypergonar, invention optique de l’astronome français Henry Chrétien.

Le principe de l’anamorphose consiste en une déformation de l’image. À la prise de vue, on comprime latéralement l’image, pour ensuite lui appliquer une déformation inverse lors de la restitution... Ce principe ingénieux permet de tirer partie de la totalité de l’espace du support d’origine en s’affranchissant son rapport de dimensions hauteur/largeur...

Concurrencer la télévision avec des formats extra-larges, c’est bien, et c’est aussi lui faire un cadeau empoisonné ! Car la télévision, d’abord en Noir-et-Blanc, puis en couleur, s’est développée sur des normes 4/3, elle !

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Du Standard au Cinemascope
Ce que le cinéma gagne en largeur, le téléviseur le perd en hauteur à cause des barres noires !

La revanche du petit écran

Or si l’élargissement de l’image a un effet flatteur en salle de cinéma, il en va tout autrement à l’intérieur d’une lucarne de 4 par 3 !!! Et comme la télé, outre ses propres productions, est très vite attirée par la diffusion des films de cinéma, un sérieux problème technique se pose. Car plus le format d’origine du film est large, plus l’image télévisée résultante doit s’accompagner de barre noires encombrantes, et plus finalement l’image télévisée est... petite !

Refusant d’assumer cette perte d’image, certains responsables de réseau de diffusion télévisé ont commencé à recadrer partiellement les films en Cinemascope ou Panoramiques, supprimant d’autorité une partie des bords droits et gauche des films pour limiter la taille de ces barres noires. La pratique est peut appréciée des auteurs de ces films : elle mène parfois à dénaturer complètement un film. Aurait-on idée de présenter un tableau de maître en le rognant allègrement pour le faire rentrer dans un cadre pré-déterminé ?

- Apparition d’un nouveau format de vidéo
C’est sans doute la montée en puissance du marché du DVD, associé à l’arrivée de la vidéo numérique, qui ont contribué à l’émergence d’un nouveau format d’image vidéo durant les années 1980.
Un format plus large que le 4/3 devait permettre une meilleure restitution des films, pour les raisons évoqués plus haut, mais il permettait aussi de relancé le marché des téléviseurs, qui s’essoufflait au moment où tous les foyer étaient finalement saturés d’équipement traditionnels.

Les japonais ont un moment défendus un format 16:10, très proche du panoramique européen, mais les américains trainaient des pieds... C’est finalement le ratio 16:9 (1,77) qui s’est imposé. Presqu’identique au panoramique italien 1,75, il présentait l’avantage d’être à mi-chemin du panoramique américain 1,85 et européen 1,66, et à mi-chemin également du Standard Universel 1.33:1 et du CinemaScope 2.35:1... Ceci permettait de limiter la taille des barres noires nécessaires à l’affichage des formats tiers...

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Le choix du 16:9
Un compromis en regard des différents formats pré-existants

Une nouvelle ère s’annonçait donc, avec ce nouveau format d’image. D’abord utilisé pour la diffusion des films sur DVD, il s’est peu à peu imposé dés la production pour un nombre croissant de programmes avec l’apparition des premières caméras vidéo 16:9 dans les années 1990. Le nombre croissant d’images tournées en 16:9 préparait la généralisation de son usage, jusqu’à son adoption comme norme de diffusion télévisuelle.

Nous sommes encore dans une période de transition. La TVHD, telle que définie au début des années 2000, repose sur le format 16:9 exclusivement, mais beaucoup de récepteurs ne sont pas encore adaptés, et les chaînes se sont donc lancé dans la diffusion d’un faux 16:9, en fait un signal 4:3 présentant une image 16:9 recadré en letterbox.

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Format "Boite à Lettre"
Image 16:9 recadré en 4:3 "letterbox"

Les problèmes spécifiques de l’adaptation des différentes formats sources au cadre rigide du téléviseur feront l’objet d’un très prochain article...

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